2018-08-22

Le S&P 500 passe à l’histoire en enregistrant le plus long marché haussier à ce jour

Par Brent Joyce, CFA, chef des stratégies de placement et Andrew O’Brien, CFA, directeur, Stratégies de placement

C’est officiel. Le marché haussier actuel, qui a pris naissance au cœur  de la pire crise financière de l’histoire des États-Unis et a été  alimenté par des taux d’intérêt historiquement bas, des interventions  sans précédent de l’État et l’éclosion de géants mondiaux de la  technologie comme Facebook et Amazon, est le plus long jamais observé au pays (3 453 jours civils, plus précisément). Le S&P 500 a atteint 2861.82 aujourd’hui, ce qui représente un gain de 323 % par rapport à son  creux de mars 2009.

L’anatomie d’une séquence haussière record

1. 9 mars 2009 – Le creux

Le S&P 500 recule de 7 % la semaine précédant le 9 mars, atteignant un inquiétant creux intrajournalier de 666, et diminue encore de 1 % le lundi 9 mars – une baisse de plus de 56 % par rapport au sommet atteint le 9 octobre 2007.

Ce n’est pas de bon augure. L’effondrement du marché immobilier aux États-Unis est en cours et entraîne dans son sillage des instruments financiers connexes, ce qui provoque la chute de vénérables institutions comme Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch, AIG, etc. Le taux de chômage aux États-Unis double, atteignant 8,3 %, pour finalement parvenir à un sommet de 10 % en octobre 2009. Le programme de sauvetage des actifs à risque* du gouvernement américain permet déjà le renflouement des principales institutions financières, mais une aide financière ne parviendra aux constructeurs d’automobiles qu’un mois plus tard. Les marchés capitulent devant l’état lamentable de l’économie, même si, sur le plan économique, le pire est encore à venir. Lors d’une apparition à CNBC, Warren Buffet déclare que l’économie est « tombée d’une falaise ».

* TARP (Troubled Asset Relief Program)

2. Du 10 mars 2009 au 22 avril 2010 –  Mesures d’urgence 

Le 10 mars, bien avant que les bénéfices ou les données économiques ne montrent des signes d’amélioration, un changement s’opère dans l’esprit de quelques investisseurs courageux et, soudainement, les dollars affluent vers le marché au lieu d’en sortir. Le S&P 500 entame sa plus longue période haussière de l’histoire en remontant de 6 % en une journée, ce qui mènera à un gain hebdomadaire de 10,7 %.

Le marché finit par rebondir de 80 % par rapport au creux du 9 mars 2009, sans subir de correction de plus de 10 % au cours de cette remarquable progression. Le sauvetage par l’État du marché immobilier, du système financier et des constructeurs d’automobiles contribue à rétablir la confiance. Des mesures d’urgence sont déployées. La promesse d’une politique de maintien à zéro des taux d’intérêt, le premier programme d’assouplissement quantitatif, la prolongation des prestations d’assurance-emploi et les mesures d’incitation à l’achat d’automobiles de l’État (comme le programme de « primes à la casse ») sont autant de facteurs qui, combinés à la baisse du taux de chômage, au rebond de la croissance du PIB et à l’amélioration des bénéfices des entreprises, concourent à propulser le S&P 500 plus haut.

3. Du 23 avril 2010 au 2 juillet 2010 – Krach éclair

Le S&P 500 chute de 16 %, ce qui met presque fin au marché haussier. (Un marché baissier se produit lorsque les cours baissent d’au moins 20 % par rapport à leur sommet précédent.) L’économie américaine continue de se rétablir, mais l’Europe est aux prises avec une aggravation de la crise de la dette souveraine et du système bancaire. L’influence croissante des plateformes de négociation opaques, des systèmes de négociation parallèles et des négociateurs à haute fréquence exacerbe l’instabilité des marchés. Le 6 mai 2010, un « krach éclair » se produit. En quelques minutes, le Dow Jones cède 1 000 points (une chute de 9 %) et le S&P 500 recule de 6 %.

4. Du 3 juillet 2010 au 29 avril 2011 – Quand les PIIGS ont du plomb dans l’aile

Le S&P 500 augmente de 33 % (il a maintenant progressé de 102 % par rapport au 9 mars 2009) avec l’avènement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) destiné à renflouer les banques européennes. Alors que le secteur bancaire européen semble être sauvé, l’attention se porte sur les préoccupations relatives à la dette souveraine et à la solvabilité du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne. Le regrettable acronyme « PIIGS » est créé.

5. Du 30 avril 2011 au 3 octobre 2011 – Un marché baissier évité de justesse

Le S&P 500 recule de 19,39 % et évite de justesse d’entamer officiellement une période baissière. Les craintes liées à l’inflation, la faible croissance de l’économie américaine, le déclassement de la dette des États-Unis et les inquiétudes persistantes concernant la crise de la dette européenne pèsent sur la confiance des investisseurs. Les marchandises, après avoir enregistré une forte croissance, subissent leur première correction importante depuis la crise (les prix du pétrole passent de 110 $ le baril à 75 $ le baril).

6. Du 4 octobre 2011 au 21 mai 2015 – Prendre toutes les mesures nécessaires1, aussi longtemps que nécessaire2

Il s’agit de la période la plus longue et la plus vigoureuse du marché haussier. Le S&P 500 gagne plus de 1 000 points en un peu moins de quatre ans, ce qui le fait presque doubler (une hausse de 93 % depuis le 4 octobre 2011 et de 215 % depuis le 9 mars 2009) et lui permet d’atteindre de nouveau des niveaux record. L’augmentation des ratios dynamise le marché, les ratios cours/bénéfices prévisionnels passant de 10,3 à 17,8 fois, ce qui témoigne de l’appétit croissant pour le risque.

Margaret Thatcher a inventé l’expression there is no alternative (abrégée en « TINA »), qui signifie « il n’y a pas d’autre option possible », un principe que les investisseurs appliquent à leur recherche de rendements dans la conjoncture des marchés qui prévaut alors. Les rendements des valeurs refuges s’effondrent, si bien que les investisseurs considèrent que la seule option possible pour faire croître leur capital se trouve dans les solutions plus risquées comme les actions et les obligations à rendement élevé. Une série d’interventions sans précédent de l’État soutiennent les marchés financiers, et l’on s’attend à ce qu’une politique visant à éviter la faillite des grandes banques (too big to fail) soit adoptée. Alors que les autorités monétaires dégainent une série de programmes de relance, il devient difficile de s’y retrouver parmi la multitude d’acronymes qui font leur apparition : QE1, QE2 et QE3, LRTO, FESF, OMT et NIRP*. Ces programmes, en plus de dépenses en infrastructures et de plans comme l’opération twist, apportent des billions de dollars de liquidités dans le système.

1. 26 juillet 2012 – Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, promet de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour préserver l’euro.

2. 13 septembre 2012 – Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine, annonce des mesures de relance qui dureront « aussi longtemps que nécessaire », déclarant ouvertement la guerre aux taux de chômage obstinément élevés aux États-Unis.

*QE – Quantitative Easing (assouplissement quantitatif); LRTO – longer-term refinancing operations (opérations de refinancement à long terme); FESF (Fonds européen de stabilité financière); OMT – Outright Monetary Transaction (programme d’opérations monétaires sur titres); NIRP – Negative Interest Rate Policy (politique de taux d’intérêt négatifs).

7. Du 22 mai 2015 au 11 février 2016 – Un autre marché baissier évité de justesse 

Des craintes concernant la croissance mondiale font passer de nombreux marchés boursiers mondiaux en territoire « baissier » (y compris l’indice composé S&P/TSX), mais le S&P 500 parvient à limiter la baisse à 14 %. Les marchés sont confrontés à une forte appréciation du dollar américain, à un effondrement des prix des marchandises (en particulier le pétrole, qui a atteint un creux de 26,05 $ le baril le 11 février 2016) et à l’éclatement de la bulle boursière en Chine (une hausse de 150 % en 12 mois a été suivie d’une baisse de 50 % en six mois, ce qui a entraîné une dévaluation désordonnée du yuan chinois). La croissance économique des États-Unis ralentit et atteint ses plus faibles niveaux depuis la crise. Les bénéfices de l’indice S&P 500 stagnent.

8. Du 12 février 2016 au 26 janvier 2018 – L’effet Trump 

Le monde sort du marasme antérieur en entrant dans une période d’expansion mondiale synchronisée, un phénomène qui se produit rarement. Le S&P 500 augmente de 57 % par rapport à son niveau du 11 février 2016 et de 325 % par rapport au plancher atteint le 9 mars 2009. Les conditions idéales pour les actions de sociétés (c’est-à-dire que les salaires, l’inflation et les coûts d’emprunt restent tous faibles) créent un contexte tout aussi favorable pour les marchés (croissance stable et volatilité extrêmement faible). La Grande-Bretagne vote de manière inattendue pour quitter l’Union européenne, mais les marchés boursiers mondiaux en font très peu de cas.

L’élection de Donald Trump à titre de président des États-Unis amène une réforme fiscale et des largesses budgétaires qui font encore augmenter les estimations des bénéfices prévus de 20 % à 30 % à court terme. L’effervescence s’empare alors des marchés, qui progressent de 7,45 % au cours des 18 premières séances, un rythme qui correspond à un taux annualisé de 155 %.

9. Du 27 janvier 2018 au 22 août 2018 – Le retour de la volatilité

Une période de faible volatilité s’achève par une correction banale de 10 % attribuable à une situation de « surachat ». Le marché commence à craindre un resserrement de la politique monétaire. La hausse des salaires qui se produit enfin fait augmenter les craintes inflationnistes. Un taux de chômage record et une hausse des prix des marchandises pèsent sur la capacité économique, entraînant une hausse des rendements obligataires. Les bénéfices continuent de satisfaire les attentes, mais la menace d’une prolifération des guerres commerciales freine l’enthousiasme. Le 22 août 2018, le S&P 500 s’établit à 2861.82. Au cours du plus long marché haussier de l’histoire, l’indice a donc réalisé un gain de 323 % par rapport à son plus bas niveau atteint le 9 mars 2009.

Disqualification en raison d’une formalité : Si le S&P 500 ne parvient pas à atteindre un nouveau sommet par rapport à son niveau actuel et chute ensuite d’au moins 20 % par rapport à son sommet précédent, le marché haussier actuel du S&P 500 sera rétrospectivement réputé avoir pris fin le 26 janvier 2018 (date du précédent sommet du marché) et perdra son titre de « plus long marché haussier de l’histoire ».

© GLC, 2018. Vous ne pouvez ni reproduire, ni distribuer, ni utiliser autrement toute partie du présent article sans l’autorisation écrite préalable de GLC Groupe de gestion d’actifs Ltée.

 

Ces commentaires sont l’expression de l’opinion de GLC à la date de leur publication et sont susceptibles d’être modifiés sans préavis. De plus, rien ne garantit que les tendances décrites dans ce document se maintiendront ou que les prévisions se réaliseront, parce que les conditions de l’économie et des marchés changent fréquemment. Ce document représente une source d’information d’ordre général et n’a pas pour but d’inciter le lecteur à acheter ou à vendre des placements spécifiques, ni de fournir des conseils juridiques ou fiscaux. Avant de prendre une décision de placement, les investisseurs potentiels devraient passer en revue avec soin tous les documents de placement pertinents et demander l’avis de leur conseiller.

Parlez à un expert

Vous ne vous sentez pas en confiance par rapport à votre situation financière? Vous pouvez parler avec un de nos conseillers en sécurité financière, qui travaillera avec vous pour établir un programme de sécurité financière adapté à vos besoins.

Communiquez avec un conseiller en sécurité financière